Attachement et psychothérapie : styles insécures, trauma et rôle central en thérapie
- Maria Sol Costa
- 10 sept. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 oct. 2025

L’attachement : une problématique centrale en psychothérapie
La théorie de l’attachement, initiée par John Bowlby et enrichie par les travaux de Mary Ainsworth et de nombreux chercheurs contemporains, s’impose aujourd’hui comme un cadre incontournable pour comprendre la dynamique relationnelle et les souffrances psychiques. Les études récentes (Mikulincer & Shaver, 2023 ; Cassidy & Shaver, 2016) confirment que les styles d’attachement façonnent non seulement nos relations intimes mais aussi notre rapport à nous-mêmes, notre régulation émotionnelle et notre capacité à faire face au stress.
Pourquoi l’attachement est-il central en thérapie ?
Un prisme de compréhension des difficultés actuelles : Les expériences précoces de sécurité ou d’insécurité relationnelle organisent des modèles internes opérants, sortes de « cartes relationnelles » inconscientes qui guident nos attentes vis-à-vis des autres. Comprendre ces schémas permet au thérapeute d’identifier la racine des répétitions douloureuses.
Une base pour la régulation émotionnelle : L’attachement sécure offre un socle de sécurité interne, favorisant l’autorégulation et l’ouverture à l’exploration. À l’inverse, l’attachement insécure engendre une vulnérabilité accrue face aux émotions intenses, menant souvent à des stratégies d’hyperactivation (dans l’attachement anxieux) ou de désactivation (dans l’attachement évitant).
Un levier thérapeutique : Le cadre thérapeutique devient une nouvelle expérience relationnelle, où la fiabilité, la disponibilité et la cohérence du thérapeute permettent de réorganiser des schémas internes marqués par l’insécurité.
Comment l’attachement insécure impacte le quotidien et les relations
Un style d’attachement insécure, qu’il soit anxieux, évitant ou désorganisé, agit comme un filtre permanent dans la vie quotidienne :
Dans les relations intimes :
L’attachement anxieux se traduit par une peur constante de l’abandon, une dépendance affective et une hypervigilance aux signes de rejet. Cela entraîne une instabilité relationnelle, des conflits fréquents et un sentiment chronique d’insécurité. Pour mieux comprendre ce style d'attachement, voir notre article dédié.
L’attachement évitant conduit à minimiser les besoins affectifs, à fuir la vulnérabilité et à se couper de l’intimité. Ces personnes souffrent souvent d’une solitude profonde malgré une apparente indépendance.
L’attachement désorganisé mêle recherche de proximité et peur de l’autre, générant des dynamiques relationnelles chaotiques, marquées par la méfiance et parfois des conduites auto-sabotantes.
Dans la vie professionnelle : Ces styles influencent la gestion du stress, la confiance dans les collègues et la tolérance aux critiques. L’attachement anxieux peut mener à une surimplication, tandis que l’évitement favorise le retrait ou une rigidité défensive.
Dans la relation à soi-même : L’insécurité relationnelle altère l’estime de soi. Les individus anxieux doutent de leur valeur et cherchent constamment une validation externe, tandis que les évitants développent une image d’eux-mêmes apparemment forte mais fragilisée par une coupure émotionnelle interne.
Attachement et expériences traumatiques
Les traumatismes interpersonnels, tels que les abus, la négligence ou les violences précoces, impactent profondément le développement de l’attachement. Dans ces contextes, l’enfant est confronté à une figure d’attachement qui est simultanément source de peur et de réconfort, créant un paradoxe insoutenable. Cela favorise l’émergence d’un attachement désorganisé, fortement corrélé avec la vulnérabilité aux troubles dissociatifs, anxieux et post-traumatiques.
En psychothérapie centrée sur le trauma, le travail sur l’attachement occupe une place centrale. Les approches contemporaines, comme la thérapie sensorimotrice (Ogden), la thérapie EMDR (Shapiro) ou encore l’Intégration du cycle de la Vie (Pace), insistent sur la nécessité de restaurer une base de sécurité relationnelle avant de traiter directement les souvenirs traumatiques. Le thérapeute devient alors un repère stable, permettant au patient de tolérer progressivement ses affects et de reconstruire une confiance relationnelle souvent effondrée.
Ainsi, le travail autour de l’attachement est une condition préalable au traitement efficace du trauma : sans une expérience réparatrice de lien, le travail sur la mémoire traumatique risque d’être réactivant et de renforcer les défenses dissociatives.
Implications pour la psychothérapie
Le travail thérapeutique sur l’attachement n’est pas seulement une exploration du passé, mais une réécriture des expériences relationnelles dans le présent. Les recherches en neurosciences affectives (Schore, 2021) montrent que la plasticité cérébrale permet, via des relations correctrices, de remodeler les circuits de régulation émotionnelle.
Ainsi, la thérapie devient un lieu où :
le patient peut expérimenter une relation sécurisante et prévisible ;
les schémas d’insécurité sont progressivement mis en lumière et compris ;
de nouvelles stratégies relationnelles et émotionnelles se construisent.
L’attachement constitue un fil rouge incontournable dans toute démarche psychothérapeutique. Lorsqu’il est insécure, il fragilise l’ensemble des sphères de la vie, de l’intime au professionnel, en passant par le rapport à soi-même. En présence de traumatismes précoces, il devient même la clé de voûte du processus thérapeutique : seul un travail profond sur la sécurité relationnelle permet d’accéder à une véritable intégration du vécu traumatique. Le rôle du thérapeute est alors d’incarner une base sécurisante permettant la réorganisation de ces modèles internes, ouvrant la voie vers une vie relationnelle plus apaisée et une autonomie émotionnelle accrue.
Vous l’aurez compris, l’attachement est un volet important dans mes prises en charge. Voici les questions qui reviennent le plus souvent en séance :
Q : Qu’est-ce qu’un style d’attachement insécure ?
R : C’est un mode relationnel marqué par la peur de l’abandon, la méfiance ou l’évitement de l’intimité. Il résulte souvent d’expériences précoces d’insécurité affective.
Q : Peut-on guérir d’un attachement insécure ?
R : Oui. La psychothérapie, en offrant une relation sécurisante et stable, permet de réorganiser les modèles internes d’attachement et de développer une plus grande sécurité relationnelle.
Q : Quel lien entre attachement et trauma ?
R : Les traumatismes précoces perturbent le développement de l’attachement, favorisant notamment les styles désorganisés. Le travail thérapeutique sur l’attachement est alors essentiel avant d’aborder les souvenirs traumatiques.
Q : Quelle thérapie est la plus adaptée pour un attachement insécure ?
R : Les thérapies centrées sur la relation (EMDR, ICV, thérapie sensorimotrice) sont particulièrement efficaces car elles permettent de restaurer une base sécurisante.
Q : Comment reconnaître un attachement désorganisé ? R : Il se manifeste par une oscillation entre le besoin de proximité et la peur de l’autre, entraînant des relations chaotiques et une forte instabilité émotionnelle.
Références citées
1. Mikulincer & Shaver (2023)
Mikulincer, M., & Shaver, P. R. (2023). Attachment Theory Expanded: Security Dynamics in Individuals, Dyads, Groups, and Societies. New York : Guilford Press.Cette référence correspond à une version actualisée et élargie de leurs travaux sur l’attachement à l’âge adulte
2. Cassidy & Shaver (2016)
Cassidy, J., & Shaver, P. R. (Éds.). (2016). Handbook of Attachment: Theory, Research, and Clinical Applications (3e éd.). New York : Guilford Press.
3. Schore (2021)
Affect Regulation and the Origin of the Self. The Neurobiology of Emotional Development (2003, réédition 1994),
Affect Dysregulation and Disorders of the Self (2003),
Modern Attachment Theory: The Central Role of Affect Regulation in Development and Treatment (article, 2008)
